Politique & Société

Carburants proches de 3 euros le litre : la tension sociale remonte à huit mois de la présidentielle

Rédaction ZapmoL'Appelil y a 20 j
Carburants proches de 3 euros le litre : la tension sociale remonte à huit mois de la présidentielle
Tabl-trai · CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Une cinquantaine de bateaux de pêche ont bloqué le terminal pétrolier de Fos-sur-Mer dès 3 heures du matin le 15 septembre, réclamant une rencontre avec la ministre de la Mer et de la Pêche. Le lendemain, des pêcheurs catalans ont lancé à leur tour des barrages à Port-Vendres, tandis que des gérants de stations-service indépendants corses protestaient séparément contre le plafond de prix imposé par TotalEnergies depuis le 12 mars — 1,99 euro le litre de sans-plomb et 2,25 euros pour le gazole.

Les chiffres expliquent la colère : le gazole a atteint 2,333 euros le litre le 15 septembre, contre 1,477 euro en septembre 2018, soit une hausse de 53 % en huit ans. Un plein de 50 litres coûtait environ 73 euros lors du mouvement des Gilets jaunes en 2018 ; il en coûte aujourd'hui environ 112. Le SP95-E10 s'établissait de son côté à 2,143 euros le litre.

Cette flambée trouve son origine dans une série d'événements géopolitiques en cascade. Le baril de Brent a dépassé les 100 dollars le 9 septembre après la destruction de cinq pétroliers iraniens par les forces américaines et des représailles iraniennes par tirs de missiles sur la Jordanie. Le 11 septembre, les rebelles houthis ont pris le contrôle de la côte yéménite sur la mer Rouge, faisant planer une menace sur le détroit de Bab-el-Mandeb — des développements qui ont poussé le baril au-delà de 108 dollars.

Face à la contestation, Matignon a prolongé jusqu'au 31 octobre des aides ciblées : 70 millions d'euros mensuels pour soutenir agriculteurs, pêcheurs et secteur du BTP, avec des remises de 15 à 25 centimes par litre — le transport routier restant délibérément exclu du dispositif. Plus de 1,5 million de Français éligibles à l'indemnité carburant de 100 euros ne l'avaient toujours pas réclamée à la mi-septembre.

Sur le plan politique, le candidat communiste Fabien Roussel a menacé de mobiliser les citoyens « comme en 2018 » si le gouvernement n'agissait pas, tandis que le porte-parole du Rassemblement national Sébastien Chenu a lancé « tenez bon, encore huit mois », reliant ouvertement la crise au calendrier présidentiel. La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet a réclamé des hausses de salaires et un encadrement des prix, quand François Hollande appelait à une aide ciblée vers les ménages les plus vulnérables.

Des vidéos anonymes circulant sur TikTok appellent à manifester le 17 octobre, sans soutien syndical ou politique affiché — certaines semblant générées par intelligence artificielle, ce qui complique l'évaluation de la part de colère réellement spontanée dans ce mouvement naissant.

Source originale : L'Appel↗